Page 19 - Bien Vu Hors série - Chiffres du marché 2020
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“LA CRISE SANITAIRE VALORISE
L’IMPLANTATION EN ZONES PÉRIPHÉRIQUES”
niers temps à travers des projets
ambitieux et hybrides mélangeant
commerces traditionnels et activités
de loisirs ou de vie courante. On voit y
apparaître de la restauration assise,
des coiffeurs, des escape games ou
murs d’escalade…
Quelles sont à l’inverse les zones
d’implantations qui souffrent le plus
de la crise en cours ?
David Bourla, directeur des études, VE : Clairement les zones touristiques Vianey d’Ersu, deputy chef
de Knight Frank, spécialiste et les commerces de pieds d’im- de la division “Retail leasing”
de l’immobilier d’entreprise meubles dans les artères fréquentées de Knight Frank
en France et à l’international de centre-villes. Nous constatons une
baisse de 15 % à 30 % des valeurs dire. Il y aura des aménagements
Votre cabinet a publié récemment locatives dans les zones dites “prime“ d’espaces à repenser, mais l’essentiel
une étude sur les perspectives du de la capitale, à la lumière des reste la consolidation de la relation
marché français des commerces quelques signatures de baux récentes client au quotidien et dans un univers
suite à la crise du Covid-19. Quels que nous avons pu suivre. Il est pro- de plus en plus phygital. Un “drive-to-
types d’implantations commerciales bable qu’une fois la crise sanitaire store” bien pensé sera déterminant et,
vous paraissent le mieux résister aux passée, ces valeurs locatives remon- à ce titre, les grands “flagships”
épisodes de confinement et à la crise teront vite sur les grandes artères. gardent toute leur pertinence comme
sanitaire ? Mais difficile de dire quand… lieux ressources d’expériences clients,
David Bourla : Nous constatons de DB : Les centres commerciaux fermés complémentaires du e-commerce. De
manière générale une meilleure résis- souffrent également du fait des confi- même, les exemples des DNVB (Digital
tance dans les zones commerciales de nements et de la présence d’un cer- native vertical brands) ouvrent à de
périphérie. Elles concentrent plusieurs tain nombre d’enseignes, notamment nouvelles approches plus décalées de
éléments clés en cette période : un de mode, très exposées actuellement. points de vente physiques avec un
usage non restrictif de la voiture indivi- Mais, même si les charges y sont plus service client de pointe mais aussi des
duelle, un déploiement important de élevées qu'en périphérie, ce sont des catalogues produits resserrés qui per-
drives - très sollicités depuis le début modèles d’implantation solides de par mettent d’échanger sur la marque et
de la pandémie - et une fréquentation l’affluence et la visibilité qu’ils ses valeurs autant que sur les
augmentée de salariés en télétravail drainent. Ils savent s’adapter, en gammes.
qui consomment plus dans leur zone adoptant notamment des modèles VE : Il ne faut pas oublier également
de résidence. Cela favorise en particu- plus flexibles de loyers variables ou en que cette crise représente une oppor-
lier le développement des “retail parks”, investissant massivement dans les tunité de faire évoluer le paysage de
ces espaces qui concentrent des com- dispositifs de protection sanitaire. l’offre. Si certains réseaux de distribu-
merces essentiels à ciel ouvert autour tion rationalisent leurs implantations
d’artères circulantes. Comment les commerces de détail dans le contexte actuel, cela donne
Vianey d’Ersu : Ce modèle de “retail pourront-ils se réinventer à l’avenir aussi à de nouveaux entrants la possi-
park” connaît un essor depuis plus de pour faire face à ce type de crises ? bilité de prendre racine et se déployer
10 ans déjà et se réinvente ces der- DB : C’est bien évidemment difficile à plus largement…
L’Observatoire de l’optique 2020 — Bien Vu 19